En route vers la résurrection | Jour 18

Lecture du jour :

Exode 17.1-7 | Psaume 95

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FRAPPER OU PARLER AU ROCHER (Paroisse réformée de Chabeuil Châteaudouble)

Exode 17, 1 à 7 − Nombres 20, 1. 2. 7 à 12 − 1 Corinthiens 10, 1 à 4 − Jean 4, 5 à 14

Jésus est assis au puits de Jacob. Un puits qui donne toujours de l’eau et qui peut paraître suffisant pour étancher la soif.

Et Jésus parle, il dit qu’il a une autre eau, vive, et que celle-là peut vraiment étancher la soif ; alors que celle du puits ne le peut pas. La Samaritaine, intéressée, lui demande : D’où aurais-tu cette eau vive ? (v. 11). Jésus ne répond pas directement à la question. La réponse a été donnée 13 siècles plus tôt, à Horeb.

Après l’Exode, le peuple d’Israël est assoiffé dans le désert (Ex 17, 1). Il cherche querelle à Moïse et demande à boire. Et Dieu va donner à boire aux Israélites. Comment va-t-il faire ?

Dieu donne à boire au peuple en ordonnant à Moïse de frapper le rocher. Drôle de moyen pour obtenir de l’eau ! Il est clair que cet acte est un signe porteur d’un message. Que veut dire : frapper le rocher ?

Et d’abord, quel est ce rocher ?

C’est l’apôtre Paul qui nous permet de décoder cette image. Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens (10, 1-4), il revient sur cette expérience des Israélites dans le désert, et il écrit que les Hébreux buvaient à un rocher spirituel qui les suivait ; et que ce rocher était Christ.

Le rocher est l’image du Christ ; c’est-à-dire l’image de Dieu lui-même. C’est bien ainsi que Dieu le présente à Moïse, il lui dit (Ex 17, 6) : Je me tiens là, devant toi, sur le rocher.

Le Christ est frappé pour que les hommes puissent boire. Quand Jésus a-t-il été frappé ? Lors de sa passion !

La mort de Jésus étanche la soif de l’humanité. Non par la violence de l’acte, bien sûr ; la violence n’a jamais désaltéré personne, au contraire, elle l’enferme dans une perpétuelle soif de vengeance.

La mort de Jésus étanche la soif de l’humanité, parce qu’elle répond à l’éternelle demande de relation et d’amour dont l’être humain a besoin. La mort de Jésus révèle l’amour de Dieu pour l’homme. Amour qui le conduit à donner sa vie pour ceux qu’il aime.

Qui a frappé le rocher ? Dans le désert, c’est Moïse. Et le choix de Moïse n’est pas neutre, car l’une des caractéristiques majeures du personnage de Moïse, c’est que c’est par lui que la loi est donnée. Or le rôle de la loi est d’accuser et de condamner. Dans l’évangile selon Jean (5, 45), Jésus dit que ce n’est pas lui, mais Moïse qui accuse les hommes devant Dieu.

Moïse est le représentant de l’humanité qui condamne Jésus, et, dans ce sens, il a parfaitement joué son rôle dans le désert. Mais ce n’a plus été le cas quelques temps plus tard.

Le livre des Nombres rapporte un épisode semblable, dans le désert, quelques années plus tard (20, 1-13). Le peuple d’Israël est encore assoiffé et se lamente auprès de Moïse. Moïse prie et Dieu lui dit de parler au rocher, afin qu’il donne de l’eau. Or Moïse va frapper 2 fois le rocher. De l’eau coulera du rocher − comme la 1ère fois en Exode 17 − mais Dieu punira Moïse et Aaron. Il leur dit : Parce que vous n’avez pas eu assez de foi en moi pour montrer ma sainteté sous les yeux des Israélites, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne (v. 12).

Les commentateurs juifs n’expliquent pas tous ce texte de la même façon :

   –  Maïmonide expose que Moïse a péché en se laissant aller à la colère.

   – Rabbi Hanan’el déclare que le péché se trouve dans l’expression de Moïse : nous allons vous faire jaillir de l’eau. Alors qu’il aurait dû déclarer : Yahvé va vous faire jaillir de l’eau.

   – La majorité suit l’explication de Rachi qui voit la faute de Moïse dans le fait qu’il a frappé le rocher, alors que Dieu lui avait dit de lui parler.

Selon l’analogie que Paul fait entre le rocher et Jésus, la faute de Moïse apparaît comme le fait d’avoir frappé Jésus 2 fois ; et donc de l’avoir fait mourir 2 fois, alors que l’épître aux Hébreux déclare que Jésus est mort une fois pour toutes (7, 26-27).

Moïse a crucifié Jésus une seconde fois.

Ce geste, tout symbolique ici, est le signe de diverses attitudes face à la mort du Christ.

   – Faire mourir Jésus plusieurs fois, c’est vouloir prendre la vie de Dieu comme s’il n’était pas prêt à la donner. Car frapper est un acte violent qui s’accompagne souvent du vol de ce qui appartient à celui qui est frappé. Frapper au lieu de parler, c’est saisir de force, imposer sa volonté.

   – Faire mourir Jésus plusieurs fois, c’est vouloir prendre la vie de Dieu comme s’il fallait aller chercher au ciel l’eau de la vie, et pour cela vaincre Dieu. Comme Prométhée était allé chercher le feu du ciel. On est alors en plein paganisme, car on nie l’amour de Dieu qui donne gratuitement, et qui se donne.

   – Faire mourir Jésus plusieurs fois, c’est juger que la mort de Jésus n’est pas suffisante. Qu’il faut renouveler le sacrifice pour qu’il soit valable. Ce qui ouvre la porte à des rites sacrificiels.

   – C’est considérer que Jésus n’a pas tout accompli. C’est un manque de foi.

  – Faire mourir Jésus plusieurs fois, c’est croire que Dieu a besoin de l’homme pour accomplir son œuvre de salut. Dieu ne serait pas capable de répondre parfaitement à l’attente de l’humanité ; son amour ne serait pas suffisant. L’homme devrait compenser ce qui manque par ses efforts, sa disposition d’esprit ou ses œuvres. C’est là que l’on retrouve la phrase de Moïse : nous allons vous faire jaillir de l’eau. Ce qui revient à dire que Dieu ne peut pas désaltérer, sauver les hommes seul. Et l’on entend déjà la Samaritaine proposer à Jésus de puiser de l’eau pour lui. C’est cette attitude qui est reprochée à Moïse par l’expression : ne pas avoir montré la sainteté du Seigneur. Car Dieu est saint, c’est-à-dire à part, unique ; dans le sens qu’il est le seul à pouvoir donner l’eau de la vie.

   – Faire mourir Jésus plusieurs fois, c’est entretenir l’accusation et la condamnation ; considérant que la mort de Jésus n’y a pas mis fin. Chaque fois que nous jugeons, accusons ou condamnons, nous frappons Jésus une fois de plus ; comme si c’était nécessaire pour résoudre les problèmes, alors que Jésus a apporté La solution en se donnant et en pardonnant. C’est pourquoi il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Rom 8, 1).

On voit à quel point l’acte de Moïse est significatif et grave. C’est pourquoi il ne pourra pas entrer dans la terre promise.

C’est grave de croire que l’œuvre et l’amour du Christ ne sont pas suffisants pour sauver l’humanité ; de croire que l’être humain doit réaliser, ou même participer à son salut. Entretenir l’accusation et la condamnation comme réponses aux problèmes de l’humanité condamne à rester en dehors du Royaume.

Quelle est notre attitude devant Dieu ?

Avons-nous le sentiment de l’aider, de lui apporter quelque chose ? Que ce soit personnellement ou en Eglise. Ce serait une erreur, car nous aurions alors l’impression que nous n’avons pas besoin de lui ; et cette indépendance nous perdrait.

Il n’est plus nécessaire de frapper le rocher. Il l’a été une fois pour toutes.

Maintenant, Dieu nous demande de lui parler. C’est possible depuis qu’il nous a rejoints en Jésus. C’est la relation qu’il attendait depuis toujours et qu’il a réalisée lui-même, parce qu’il nous est impossible d’atteindre Dieu. C’est une relation comme celle que Jésus a connue avec la Samaritaine.

Jésus parle à la Samaritaine, tranquillement, sans tension, assis au bord du puits.

Il dit qu’il est le Messie, le Sauveur du monde. Ce n’est pas compliqué. C’est une question de confiance, de foi.

La Samaritaine le croit. Elle en témoigne. Beaucoup croient à son témoignage. Le village en est changé.

La parole du Christ est une puissance ; bien plus puissante que les coups qui l’on frappé. Cette parole est suffisante. Alors croyons en sa parole quand il nous dit que tout est accompli dans sa mort.

#Ensemblesurlechemin.

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